CHIRURGIE
ESTHETIQUE DU SEIN
Comme
tout objet partiel, comme tout corps humain, le sein entre dans
un circuit commercial. Que ce soit comme sein allaitant (nourrice),
ou comme sein érotique (prostituées, hétaïres,
top models, danseuses top less, etc. . . )
Il
suscite aussi tout le marché de la lingerie. Dès
l'Antiquité, on porte des attelles, des buscs et des
bandes de tissu pour soutenir la poitrine et souligner la taille
mais le corset occidental apparaît vers le XIIIe siècle.
Fortement critiqué au XVIIIe comme source d'anémie,
de vapeurs, d'évanouissements et de déformations
osseuses, il disparaîtra à la révolution
pour reparaître quelques années plus tard. Outre
sa fonction de soutien de la poitrine qu'il écrase aussi
selon les modes, il permet des rembourrages: si en Egypte, on
façonnait des faux seins de mie de pain, le corset permet
de glisser contre la peau des poches rembourrées qui
suppléent aux poitrines maigrichonnes et favorisent les
rendez-vous galants. Ainsi le corset dit "Vénus
de Milo": seins en caoutchouc parfumé et palpitant
au moyen d'un léger ressort placé derrière
la taille. Si un bras caressant le frôle, la palpitation
commence aussitôt pour ne cesser que quant la pression
cesse. ". Mais les contraintes respiratoires et musculaires
qu'il impose sont bientôt critiquées par les médecins
qui constatent des anémies, des phobies, des malaises.
Les féministes prennent le relais des médecins
pour en faire le symbole de la mutilation et de l'asservissement
des femmes.
Le
corset empêche le travail des femmes et les rend donc
dépendantes de leur mari. La disparition du corset (1909
en France) va permettre de fait de mettre les femmes au travail
à grande échelle.
Le soutien gorge, la brassière vont remplacer le corset
dès le début du XXe siècle et permettre
une plus grande liberté de mouvement. La gaine, la guêpière
apparues dans les années 30 sculptent toujours des corps
selon le modèle en vigueur, garçonne ou vamp,
promouvant aussi des poitrines impressionnantes telles celles
de Mae West, de Jane Russel ou de Jayne Mansfield (mensurations
42 DD) assurées 1 million de dollars. Toutefois, il semble
que le corset produise des effets érotiques, non seulement
sur la gent masculine le cas est banal , mais sur la personne
qui le porte. La compression du thorax favorisant une hyperoxygénation
pulmonaire et la contention des chairs provoqueraient des palpitations,
des afflux de sang, signes ou préludes du désir
sexuel. C'est pourquoi l'imaginaire du corset fait toujours
partie de l'imaginaire sexuel contemporain malgré les
critiques politiques des féministes à son égard,
notamment Germaine Greer qui refusait de porter des dessous
pour ne pas alimenter le fantasme " pneumatique "
des seins jeunes alors qu'ils sont vieux (1969).
Cependant,
les prothèses de silicone offrent aussi la possibilité
de surgonfler ses seins à la taille d'un ballon d'un
volley ( Lolo Ferrari). Ces pratiques très localisées
entrent dans le cadre d'une surérotisation médiatique
de la poitrine dans un marché de la pornographie (Superwixens).
Plus
intimes sont en revanche les pratiques de piercing des seins
attestées au XIXe siècle aux USA. Il s'agit pour
certaines personnes (homme ou femme) de mettre l'accent sur
l'érotisation du mamelon provoquée par la titillation
de l'anneau ou de l'aiguille et de l'irritation de la cicatrice.
Certains procèdent dans le cadre de cérémonies,
de performances à des suspensions par les seins à
la façon de certains fakirs ou de certains yogi.
Outre une mystique érotique de la douleur et ces pratiques
suscitent des états de conscience altérés
dont il semble qu'ils soient proches de l'extase.
Les
jeux corporels obéissent à plusieurs techniques:
contorsion (élargissement de piercing, pose de ventouse,
étirements), constriction (compression, corsets, bandage),
brûlures, branding, pénétration (tatouage,
piercing, flagellation), suspension. Ces pratiques semblent
surtout le fait de certaines minorités masculines mais
pas exclusivement et relèvent de pratiques érotiques,
identitaires et esthétiques.
Les
marques s'inscrivent en les détournant dans l'histoire
de la mutilation des seins ou de leur marquage au fer rouge.
Toutefois les scarifications ou les peintures corporelles rituelles
n'ont pas la même signification que ces pratiques contemporaines.
Liées symboliquement à l'identité ethnique
ou sexuelle, elles n'entrent pas moins dans une perspective
esthétique en relation avec une cosmogonie donnée.
On
ne peut pas séparer le marché du sein du marché
du corps entier dans la publicité. La nudité favorise
la promotion des produits quels qu'ils soient. Toutefois, les
corps de l'homme et de l'enfant sont désormais des moyens
de promouvoir des produits autant que le corps de la femme et
ce, malgré des interventions contre la pornographie,
le sexisme et les abus de la publicité.
Le
sein rentre aussi dans le marché de la beauté.
Crèmes nourrissantes, fluides au lierre pour empêcher
les douleurs, produits destinés à prévenir
les vergetures de la grossesse, le sein fait l'objet de certains
soins particuliers. Dans les instituts de beauté, les
machines à " endurcir les seins " ont été
remplacées par des enveloppements d'algues ou de boue,
des soins apaisants et doux. Des exercices réguliers
sont aussi nécessaires pour maintenir les seins hauts
et bien assis.
La libération des femmes a eu pour effet de libérer
les seins sur les plages bien que l'on constate un retour vers
le maillot de bain. Se baigner top less obéit à
certaines lois non écrites: avoir moins de 45 ans et
les seins ni trop larges, ni trop tombants. Quant à l'allaitement
en public, il reste rare en France et demeure interdit dans
certains états des Etats Unis.