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INFORMATION CHIRURGIE ESTHETIQUE SEIN : LE SEIN CHRETIEN

Dans le Nouveau Testament, Marie Madeleine qui fait commerce de son corps est rachetée par sa foi; la Vierge qui conçoit sans péché, sans sexualité n'est pas non plus une femme amputée de sa féminité. C'est pourquoi l'image de la Vierge allaitant l'enfant se répandit à partir du XIVe siècle en Italie puis en Europe. Cette icône apparut peut être en raison de la malnutrition chronique qui régnait à cette époque en contrepoint heureux d'un allaitement aléatoire. On relie aussi cette apparition à la pratique florentine consistant à envoyer les enfants à la campagne chez une nourrice. Comme on croyait par analogie, que l'enfant héritait des caractéristiques physiques et morales de sa source de lait, le choix de la nourrice devait être judicieux

L'époque éprouve donc une fascination pour la Vierge allaitant l'enfant, nourrice idéale évoquant une tendresse et une intimité que les artistes n'avaient sans doute pas connu et dont ils avaient le regret. Le sein virginal évoque aussi celui de l'Eglise qui nourrit ses enfants avec le lait le plus sain, le plus sacré. Notamment Saint Bernard qui dans une vision mystique, voit la Vierge lui envoyer un jet de lait qui va féconder la mission spirituelle du saint.

A l'opposé du sein virginal, d'autres seins deviennent des objets superfétatoires qui nuisent à la vie spirituelle en gâchant l'entrée dans la vie spirituelle. Il faut aux filles de Dieu abandonner toute féminité et donc retrancher de la vue des hommes ces appâts trompeurs, lascifs et souillés. La tonsure des cheveux ne suffit pas, parfois l'amputation des seins est nécessaire. En témoignent des histoires édifiantes, notamment celle de Sainte Agathe, qui, convoitée par le consul romain Quintianus, refuse de se donner à lui. Furieux, il lui fait trancher les seins et mettre à mort. Dans une autre légende, elle a les seins lacérés par des brosses en fer. C'est pourquoi les jeunes filles hollandaises ne se brossaient pas les cheveux le jour de sa fête. Dans une troisième version de la légende, elle se fait elle même amputer des deux seins et les enterre dans son jardin. Le printemps suivant pousse un arbuste inconnu portant deux seins bourgeonnant que la mère d'Agathe reconnaît: " Ah ! ce sont les seins de ma fille!".Patronne des nourrices, Sainte Agathe, est invoquée pour la guérison des abcès et des cancers du sein, son culte suscitant des ex voto mamelliformes et des tableaux où elle est représentée portant ses seins sur un plateau d'argent comme une offrande.

Il est curieux de noter que bien que la martyrologie chrétienne fasse état de mutilations opérées avec des tenailles, des griffes, des araignées de fer, des étaux, des couteaux, des pinces, des cisailles par les Romains, la haine médiévale de la femme soit intériorisée par les femmes elles mêmes et reproduite sur elles. Les prédicateurs des XIIIè et XIVè siècles contribuent à entretenir cette haine de la femme qui est l'envers de la peur qu'elle inspire, émule du démon et de ses sbires. Cette haine s'attaque au corps des femmes, corps humide et répugnant qui gâche l'accès à Dieu. " La beauté du corps est toute entière dans la peau. En effet, si les hommes voyaient ce qui est sous la peau, doués comme les lynx de Béotie d'intérieure pénétration visuelle, la vue seule des femmes leur serait nauséabonde: cette grâce féminine n'est que saburre, sang, humeur, fiel. Considérez ce qui se cache dans les narines, dans la gorge, dans le ventre: saletés partout. Et nous qui répugnons à toucher même du bout des doigts de la vomissure ou du fumier, comment donc pouvons nous désirer serrer dans nos bras le sac d'excréments lui même ? " écrit Odon de Cluny, témoignant de cette peur de la femme agent de Satan. De fait le refus chrétien de la féminité se marquera au long des siècles par le masquage des seins ou leur fustigation.

TETIN QUI FAIT HONTE A LA ROSE

Pourtant le Moyen âge aime les corps aux petits seins haut placés et hauts, cérusés parfois, à la peau fine. Seins d'adolescentes en pleine fleur " durs et haut assis " (Eustache Deschamps), petites pommes écartées qui nécessitent des recettes particulières. " Pour avoir des mamelles raffermies: s'entourer les mamelles de guirlandes de lierre que l'on jettera au feu sitôt retirées. On se frotte soit avec de la graisse d'oie mêlée à du lait tiède, soit avec un œil de perdrix " (Nostradamus, 1555). Autre recette: "prenez des prunelles et des mûres vertes distillées et enveloppez le soir en vous couchant, les mamelles pendantes, avec un linge trempé dans cette eau" (Jean Liébault,1582). Les poètes chantent les "blasons " du corps notamment ce " tétin refait plus blanc qu'un œuf/ Tétin qui fait honte à la rose/ Tétin qui jamais ne se pose" ( Clément Marot) dans une veine impulsée par la poésie de Pétrarque qui érotise le corps de la femme à partir de fragments célébrés et exhaussés.

En face des nymphettes ou des femmes inquiètes de la jeunesse de leurs seins, d'autres, mues par la nécessité de se faire des dividendes en détruisant leur corps: " Pour pouvoir à la porte d'une église, étaler un faux chancre au sein, une gueuse place sur sa mamelle plusieurs peaux de grenouilles noires, vertes et jaunâtres, collées avec bol d'Arménie, blanc d'œuf et farine ce que l'on sut par sa confession. Elle met sous son aisselle une éponge trempée et imbibée de sang de bête et de lait mêlés ensemble et un petit tuyau de sureau par lequel cette miction était conduite par des trous de son chancre ulcéré découlant sur le linge qu'elle avait devant soi " (Ambroise Paré). Ces poitrines de gueuses ne sont pas sans ressembler aux poitrines vieillies, noires et pendantes, constellées de tâches, de lentilles, de poireaux, marques inavouables du désert d'amour et de la corruption du corps vieillissant. Le Moyen âge ne cesse d'opposer seins de nymphettes et seins de sorcières, tant sont grandes la peur de la maladie, de la contagion et de la mort. Les diptyques témoignent de ce double visage de la femme: jeune, vierge et propre à enfanter, vieille, malade, " guenon enduite de céruse".

Si l'on chante le tétin de nymphette, celui de la " vieille récrépie " se chante aussi, reflet inversé de la beauté: " Tétin qui n'a rien que la peau/ Tétin flac, tétin de drapeau/ Grand' tétine, longue tétasse, têtin, doy je dire bezace/Tétin au grand bout noir comme celui d'un entonnoir/Tétin qui brimballe à tous coups sans être esbranlé/Ne secous, bien se peut vanter qui te taste/ d'avoir mis la main à la paste ".(Clément Marot). Le refus de la femme vieillissante, la haine des sorcières entonneront pendant des siècles des couplets moins bien tournés que ceux de Clément Marot !

   
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