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LE
SEIN : LEXIQUE ET INFORMATIONS
Au
commencement était le sein.
Pour
le nouveau né dont l'horizon se borne aux mamelons généreux,
pour le Dogon qui croit que le monde a surgi d'une goutte de lait,
pour les Grecs qui reconnaissaient dans la voie lactée
du lait jailli de la mamelle d'Héra...
Au
commencement était le sein. Avant de rendre des cérémonies
à des phallus priapiques, les hommes du néolithique
adorent des idoles fessues et mamellues; déesses de la
fertilité, de la maternité et du soin, elles témoignent
pour les historiens de la prévalence du matriarcat dans
ces sociétés. On a retrouvé des statuettes
votives portant leurs seins dans leurs bras ou dans une posture
caractérisant l'offrande. Dans ces conceptions mythologiques
étayées par l'observation de la lactation, de l'allaitement,
des soins attachés au nouveau né et aux chances
de sa survie, les hommes rendent hommage à la puissance
de la vie, à la force bénéfique du lait maternel,
et à la santé. Ils se reconnaissent tous issus de
ce sein qui leur a permis de survivre.
Dans
l'Antiquité, le culte de la fécondité se
manifeste dans les représentations d'Isis associée
à la vache nourricière qui est parfois représentée
nourrissant son fils Horus. Dans la cosmogonie égyptienne,
Nut, déesse du ciel l'est aussi de la lune dont le nom
signifie également le sein. Hapi, dieu du Nil, porte des
seins, signes de fertilité et de féminité.
Dans
la Grèce archaïque, le culte de la fécondité
s'exprime au travers de statuettes de mères et d'enfants
retrouvées dans les tombes et dédiées à
Gaïa, Héra, Aphrodite, Déméter, Perséphone,
et même aux déesses vierges Artémis et Athéna.
Cette dernière cache ses seins sous une armure ornée
de serpents mais la déesse de la chasse trouvée
dans les ruines d'Ephèse et datant du Iie siècle
avant J.C. porte de nombreux seins sculptés en grappes,
symboles d'une fécondité qui n'a pas besoin du principe
mâle.
De
fait, si les déesses exposent leur poitrine, les femmes
la portent nue comme en Crète où une sorte de corselet
rapproche et relève les seins soulignant leur rondeur de
petites pommes; en Egypte, les seins petits et ronds se portent
recouverts de peinture ocre jaune tirant sur l'or après
avoir été baignés et oints de senteurs de
myrrhe, d'aloès, de benjoin.
Le
mythe des Amazones comporte des significations particulières.
Descendantes d'Harès, dieu de la guerre, leur nom signifie
sans sein (a privatif, mazos=sein).Ces femmes procédaient
à l'ablation du sein droit afin de pouvoir mieux tirer
à l'arc. Un traité médical tardif (Ve siècle
ap J.C.) attribue cet état au fait que la force passe dans
l'épaule droite et dans le bras droit. Les Amazones tuaient
les bébés mâles en les fracassant sur les
rochers et n'élevaient que des filles, ne s'autorisant
les rapports avec l'homme que pour la perpétuation des
filles. Ce mythe a été interprété
par la psychanalyse comme une violence masochiste et un refus
de l'homme, puis par le courant féministe comme le symbole
d'un affranchissement de la loi mâle voire comme une affirmation
de la bisexualité. Il faut noter que le mythe des Amazones
devient un récit lorsque les déesses de la fertilité
sont remplacées par les dieux phallophores qui marquent
le passage du matriarcat au patriarcat et le transfert du symbolisme
de la fécondité vers l'expression de la force du
plaisir et de la jouissance.
Le
sein se voile hormis chez les prostituées qui le laissent
libre aux regards, peint de céruse et colmaté, s'il
est marqueté comme la peau d'un léopard, de colle
de poisson. A Rome, la louve, symbole de la ville, est bien la
mère nourricière mais les statuettes de Romulus
et Remus seront ajoutées ultérieurement. Dans cette
filiation, on trouve une histoire relative à l'allaitement
symbolisant la Charité romaine que rapporte Pline l'ancien.
Cimon, condamné à mourir de faim en prison par ses
juges est subrepticement nourri au sein par Pero, sa fille, jeune
accouchée lorsqu'elle le visite en prison. La piété
filiale contient une dimension charitable mais également
incestueuse que la statue de Jean Goujon à la Renaissance
ne manquera pas de souligner.
Ce récit témoigne aussi de l'importance accordée
au lait maternel, à la fois principe nourricier et fontaine
de jouvence. C'est pourquoi on appliquait les seins de jeune femme
sur la poitrine des hommes âgés afin de réveiller
en eux la force vitale et de la conserver.
Dans
la Bible, on trouve une dialectique du bon et du mauvais sein.
Le roi David est réchauffé par le corps d'une jeune
fille et le Cantique des Cantiques chante " les seins comme
les grappes de la vigne " ou comme des dattes, des tours,
" des faons, les jumeaux d'une gazelle ", " des
coupes arrondies où le vin parfumé ne manque pas.
" Le bien aimé est " un bouquet de myrte qui
repose entre les seins " de la jeune femme. Tout dans ce
texte respire la sensualité qu'elle soit amoureuse ou relative
à l'amour de la terre d'Israël. En revanche dans les
imprécations d'Ezéchiel (23 :32 34), la désolation
de la défaite se manifeste dans le geste de déploration
traditionnel: " tu te déchireras le sein ", geste
que l'on retrouve chez tous les vaincus et qui est aussi associé
à la demande de grâce. Dans la Guerre des Gaules,
César raconte que les femmes d'Avaricum implorant la pitié
des soldats romains se dénudaient la poitrine dans une
posture d'humiliation et de supplication.
Cette
dialectique du bon sein nourricier et du mauvais sein vaincu ou
sec s'ordonne autour de deux symboliques contradictoires: les
bons seins, symboles de fécondité sont également
sources d'immortalité. Comparés à des pommes,
ils sont, comme dans la légende du Jardin des Hespérides,
les pommes d'or de la vie étemelle. De même dans
les légendes celtes, la pomme est fruit de l'autre monde
où ne règnent ni la faim, ni la soif, ni la douleur,
ni la maladie mais la paix. Mais ils sont également symboles
de féminité et de beauté, par exemple dans
la légende de Hébé, fille de Jupiter qui
versait le nectar aux dieux et se trouvait affligée d'une
petite poitrine: Vulcain, dieu forgeron des chaînes, des
lassos, des amulettes, sculpteur et plasticien, prit une coupe
qu'il posa sur le sein de Vénus. Le métal s'étendit,
se creusa se façonna sous son marteau .
Il posa ensuite les deux coupes ainsi sculptées sur la
poitrine d'Hébé et sa poitrine se forma à
l'image des seins de Vénus, modèle absolu de beauté
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